Le Monde d’Après (Extrait)

Une lumière atténuée par des bancs de brouillard filtrait par une grande fenêtre à petits carreaux, soulignant les contours fantomatiques de la scène qui se déroulait sous mes yeux. Une jeune femme assise de trois quarts dans un fauteuil à haut dossier. Je ne distinguais que la courbe de son visage et son oreille délicatement ourlée au lobe ornée d’une perle. Ses cheveux clairs étaient ramenés en chignon bas sur sa nuque. Elle portait une robe sombre qui semblait de coupe ancienne, tout comme la décoration de la pièce dans laquelle elle se trouvait me paraissait sortie d’un livre d’histoire. Elle ne paraissait pas avoir conscience de ma présence, concentrée sur une tâche que je ne parvenais pas à distinguer.

Je n’avais pas de point de comparaison, n’ayant pas eu le temps de grandir et d’engranger des images du Monde d’Avant, mais quelque chose clochait. Je n’osais pas m’avancer, mais je me décalais pour mieux voir l’inconnue. Elle tenait ce qui ressemblait à un petit tambour sur ses genoux et dans lequel elle piquait régulièrement une aiguille. Je compris qu’elle brodait, activité qui, pour ce que j’en savais, était désuète bien avant l’Évènement.

Elle avait des mains petites et blanches, aux longs doigts fins. Des mains charmantes, à l’exception de ses ongles : sales, noirs et ébréchés comme si leur propriétaire avait passé plusieurs heures à retourner la terre et n’avait pas jugé nécessaire de les nettoyer avant de se mettre à son ouvrage. Je me haussais sur la pointe des pieds pour avoir un meilleur point de vue sur le motif qu’elle brodait. Il était noir et je reconnus au bout de quelques instants la forme d’une araignée.

Je rabaissais les talons le plus silencieusement possible, la poitrine oppressée. Le seul bruit était celui d’une immense horloge dont le pendule découpait le temps avec un tic-tac sinistre. La femme leva son bras d’un coup sec et cassa le fil. Elle se mit à rire, un rire caquetant de vieille folle et leva le tambour à hauteur de son visage.

Je reculais, la main sur la poignée de la porte. L’araignée qu’elle venait de broder s’ébroua, grossit, passant d’une dimension à l’autre avec un bruit de déchirure. La robe de la femme se mit à grouiller et je réalisais avec horreur que ce que j’avais pris pour des motifs était une multitude d’araignées qui s’était tenue immobile le temps que la femme finisse leur sœur. Je claquais la porte et gardais la main accrochée à la poignée, redoutant de sentir cette dernière bouger.

Lire la suite

Dirk Gently, détective holistique de Douglas ADAMS

Dans le premier, notre détective holistique propose une alternative au problème posé par le chat de Schrödinger et explique pourquoi un canapé est irrémédiablement coincé dans un escalier. Dans le second tome, il enquête sur une explosion dans l’aéroport d’Heathrow dont tout le monde revendique l’origine, à tout hasard. Dans les deux, il se révèle extrêmement créatif concernant le détail des factures qu’il envoie à ses rares clients et part du principe que tout est lié à un niveau ou à un autre.

Le quatrième de couverture de Un cheval dans la salle de bains indique : « De Sherlock Holmes à Philip Marlowe, il existe une longue tradition de détectives privés brillants, astucieux, à qui on ne la fait pas. Malheureusement, Dirk Gently n’en fait partie. » Comment résister à une telle présentation ? Moi, je n’ai pas pu et je ne le regrette pas. Je me suis amusée tout le long du roman et j’aime beaucoup l’histoire du canapé.

Douglas ADAMS manie l’art de l’absurde avec un certain talent, même si Beau comme un aéroport souffre de quelques longueurs et m’a un peu moins plu que le précédent. Mais il y a toujours des scènes ou des détails drôles et la confrontation avec l’aigle est un petit bijou du genre.

Le premier mérite vraiment d’être lu, le second un peu moins. Ils plairont tous les deux à ceux qui aiment l’humour anglais et son merveilleux « nonsense ».

 

Un éclat de givre d’Estelle FAYE

UnEclatDeGivre

Dans un Paris post-apocalyptique, dernier témoin d’une époque presqu’oubliée et sans doute dernier bastion de l’humanité, Chet se travestit pour chanter de vieux airs de jazz dans des bars. Pour arrondir ses fins de mois, il sert d’intermédiaire dans cette nouvelle cour des Miracles. Sa dernière mission va l’entraîner plus loin que prévu et l’obliger  jouer un rôle clé dans l’avenir de la ville.

J’ai accroché dès le premier chapitre. Estelle FAYE sait, en quelques phrases, tracer des descriptions qui m’ont fait voir Paris telle qu’elle l’a imaginé pour son roman. La façon dont elle nous raconte l’histoire de Chet et de sa ville me donne l’impression qu’elle pourrait rendre passionnante une simple visite à la Poste du quartier si elle se décidait à la coucher par écrit. Je n’ai pas lu ses autres romans, mais j’ai beaucoup apprécié celui-ci. Je le recommande.

Les Chroniques du Grimnoir de Larry CORREIA

Années 30, États-Unis : Jake Sullivan est un actif, un humain doté d’un pouvoir magique qui fait de lui un lourd, capable de manipuler la gravité à sa guise. Pour racheter sa liberté, il aide le FBI à traquer les actifs dangereux. Trahi par ceux qui l’emploient, il découvre l’existence du Grimnoir, une société secrète qui protège les humains actifs ou non, de la mauvaise utilisation de la Magie. Avec les chevaliers du Grimnoir, Sullivan va développer ses connaissances en magie, se battre contre des ennemis redoutables et sauver le monde.

Les Chroniques du Grimnoir forment une trilogie : Magie Brute / Malédiction / Foudre de Guerre.

Évoluant dans un univers qui fleure bon les vieux romans noirs, Jake Sullivan me fait penser à ces personnages de privé, désabusés mais fidèles à leur éthique personnelle, qui vont jusqu’au bout de la mission, quoi qu’il leur en coûte. Correia a créé une uchronie fascinante peuplée de personnages héroïques, de traitres et d’ennemis.

On ne s’ennuie à aucun moment : dans chaque tome, l’histoire démarre sur des chapeaux de roues et tient en haleine jusqu’au dernier chapitre en empruntant des chemins inattendus.